En fin d'année 2025, un projet fiscal a semé l'inquiétude chez les épargnants aisés : l'Impôt sur la Fortune Improductive (IFIP). Ce mécanisme, voté en première lecture par l'Assemblée nationale, menaçait d'étendre la taxation du patrimoine bien au-delà de l'immobilier. Bonne nouvelle : la mesure n'a pas survécu au processus législatif. Voici ce qu'il aurait changé, et ce qui s'applique réellement depuis le 1er janvier 2026.
L'IFI actuel : un impôt limité à l'immobilier
L'Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), en vigueur depuis 2018, ne concerne que les patrimoines immobiliers nets supérieurs à 1,3 million d'euros. Son barème est progressif :
| Fraction du patrimoine net taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 800 000 € | 0 % |
| De 800 001 € à 1 300 000 € | 0,5 % |
| De 1 300 001 € à 2 570 000 € | 0,7 % |
| De 2 570 001 € à 5 000 000 € | 1 % |
| De 5 000 001 € à 10 000 000 € | 1,25 % |
| Au-delà de 10 000 000 € | 1,5 % |
Exemple concret : un patrimoine immobilier net de 2 millions d'euros génère un IFI de : (500 000 × 0,5 %) + (700 000 × 0,7 %) = 2 500 € + 4 900 € = 7 400 €.
Ce que l'IFI ne touche pas : vos livrets bancaires, vos super livrets, vos comptes à terme, vos fonds en euros d'assurance-vie, vos actions ou vos cryptomonnaies.
Ce qu'était l'IFIP : un projet beaucoup plus large
L'IFIP — pour Impôt sur la Fortune Improductive — a été adopté par l'Assemblée nationale le 31 octobre 2025, comme amendement au projet de loi de finances pour 2026. Son principe : taxer non plus seulement l'immobilier, mais l'ensemble des actifs jugés "improductifs" pour l'économie.
Le projet visait notamment :
- Les fonds en euros des contrats d'assurance-vie
- Les liquidités (comptes courants, livrets bancaires)
- Les cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum, stablecoins)
- Les métaux précieux (or physique, bijoux, numismatique)
- L'immobilier non loué (résidences secondaires laissées vides)
- Les biens de prestige (yachts, véhicules de collection, œuvres d'art)
À l'inverse, étaient considérés comme productifs et donc exemptés : les unités de compte (UC) investies en actions ou SCPI, l'immobilier locatif, les investissements en entreprises.
Le taux envisagé : un taux unique de 1 % — contre un barème progressif pour l'IFI actuel.
Deux seuils en débat : l'Assemblée nationale maintenait le seuil à 1,3 million d'euros ; le Sénat avait voté une version à 2,57 millions d'euros pour limiter l'impact sur les classes moyennes supérieures.
Calcul illustratif si l'IFIP avait été adopté (version AN, seuil 1,3 M€) :
Un patrimoine composé de 900 000 € en fonds euros, 250 000 € sur des super livrets et 500 000 € d'immobilier résidentiel non loué = 1 650 000 € brut. Après abattement de 1 300 000 € : base taxable = 350 000 €. IFIP = 350 000 × 1 % = 3 500 €. Avec l'IFI actuel, ce même patrimoine est à 0 € (pas d'immobilier locatif ni net taxable IFI).
Pourquoi l'IFIP n'a pas été adopté
La trajectoire parlementaire a été tumultueuse. Le Sénat a voté sa propre version du texte en décembre 2025, avec un seuil rehaussé à 2,57 millions d'euros. La commission mixte paritaire (7 députés + 7 sénateurs) n'a pas trouvé d'accord le 19 décembre 2025.
Le gouvernement a ensuite eu recours à l'article 49.3 pour faire adopter le budget sans vote. Dans la version finale du texte, l'IFIP n'a pas été retenu. La loi de finances 2026 a été promulguée le 19 février 2026 sans aucune extension de l'impôt sur la fortune aux actifs financiers.
L'IFI classique, limité à l'immobilier, reste donc le seul impôt sur la fortune applicable en France depuis le 1er janvier 2026.
Ce que ça change pour votre épargne
Pour l'immense majorité des épargnants, rien ne change : si votre patrimoine immobilier net est inférieur à 1,3 million d'euros, vous n'êtes soumis à aucun impôt sur la fortune.
Vos placements financiers — Livret A, LDDS, LEP, super livrets, comptes à terme, fonds en euros, actions en PEA ou CTO — ne sont pas concernés par l'IFI et ne l'auraient été par l'IFIP que pour les patrimoines globaux dépassant 1,3 à 2,57 millions d'euros.
Pour les contribuables assujettis à l'IFI, la situation reste identique à 2025 : seul le patrimoine immobilier net entre dans la base taxable. La priorité reste d'optimiser cette base (dette déductibles, démembrement de propriété, etc.).
Surveiller les prochaines réformes
Le sujet n'est pas clos pour autant. Plusieurs formations politiques ont inscrit une révision de la fiscalité du patrimoine dans leurs programmes. La question d'une extension de l'IFI aux actifs financiers improductifs reviendra probablement lors des prochaines lois de finances — d'autant que les besoins budgétaires de l'État restent importants.
Si vous détenez un patrimoine global supérieur à 1 million d'euros (immobilier + financier), il peut valoir la peine d'anticiper en diversifiant vers des actifs productifs au sens fiscal : unités de compte en assurance-vie plutôt que fonds en euros, investissement dans des PME (réduction IFI possible), ou placements locatifs qualifiants.
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Marc Delaunay est analyste financier indépendant, spécialisé en épargne et finance personnelle depuis 2011.