Expatriation 2026 : Livret A, PEA, assurance-vie, que devient votre épargne ?
Sur le forum investisseurs-heureux.fr, le fil consacré à l'expatriation vers les États-Unis revient sans cesse sur la même angoisse : personne ne sait vraiment quoi faire de son Livret A, de son PEA et de son assurance-vie le jour du départ. Et pour cause — les trois produits obéissent à des logiques complètement différentes, et confondre l'une avec l'autre coûte cher.
Livret A, LDDS, LEP : l'obligation légale de clôture
L'article L221-3 du Code monétaire et financier réserve le Livret A aux personnes ayant leur résidence fiscale en France. Dès que votre domicile fiscal bascule à l'étranger, vous perdez juridiquement le droit de le détenir — même chose pour le LDDS. Le LEP est encore plus strict : ses conditions de ressources sont calculées sur votre avis d'imposition français, qui n'existe plus une fois non-résident.
Dans les faits, beaucoup de banques ne ferment rien spontanément et laissent le livret ouvert tant que personne ne le signale. Mais deux problèmes se posent si vous le gardez sans le déclarer : d'une part vous êtes en infraction avec la réglementation, d'autre part les intérêts, exonérés d'impôt en France, ne bénéficient d'aucun statut particulier dans votre pays de résidence — les États-Unis, par exemple, les taxent normalement comme un revenu d'intérêts classique, sans reconnaître l'exonération française. Le meilleur taux du monde ne sert à rien si le fisc américain reprend au barème ce que Bercy exonère.
PEA : la règle a changé en 2012, beaucoup l'ignorent encore
Contrairement à une idée reçue qui traîne encore sur certains forums, le PEA n'a plus à être clôturé en cas de départ à l'étranger depuis le 20 mars 2012 — sauf si vous partez vous installer dans un État ou territoire non coopératif (ETNC, la liste noire fiscale française). Vous pouvez continuer à l'alimenter et à en profiter normalement.
Mieux : en cas de retrait ou de clôture pendant que vous êtes non-résident, la plus-value nette échappe à l'impôt sur le revenu ET aux prélèvements sociaux français. Sur un PEA ouvert depuis plus de 5 ans avec 15 000 € de plus-value, un résident français paierait 17,2 % de prélèvements sociaux (2 580 €) même hors PFU ; un non-résident ne paie rien côté France sur ce point. Reste évidemment la question de la fiscalité du pays d'accueil, qui peut annuler l'avantage — les États-Unis imposent leurs résidents fiscaux sur leurs revenus mondiaux, PEA compris.
Assurance-vie : le produit qui s'exporte le mieux
L'assurance-vie française reste ouverte aux non-résidents, sans limitation de montant ni obligation de clôture. Deux avantages concrets par rapport à un résident classique :
- Aucun prélèvement social (17,2 %) sur les gains, ni en cours de contrat ni au rachat.
- Un prélèvement forfaitaire libératoire réduit en cas de rachat : 12,8 % sur la part de gains si le contrat a moins de 8 ans, et seulement 7,5 % au-delà de 8 ans — contre jusqu'à 30 % (PFU) ou barème progressif pour un résident.
Exemple chiffré : un contrat de 100 000 € ouvert il y a 10 ans, avec 20 000 € de gains, racheté intégralement pendant une expatriation. Un résident paierait potentiellement jusqu'à 6 000 € (PFU 30 % sur la part de gains hors abattement) ; un non-résident au même moment paie 7,5 % × 20 000 € = 1 500 €, sans prélèvements sociaux. L'écart dépasse largement le coût d'un rendez-vous chez un conseiller en gestion de patrimoine avant le départ.
Attention toutefois : la convention fiscale bilatérale entre la France et le pays d'accueil prime sur ce régime. Pour les États-Unis, la convention franco-américaine prévoit en général une imposition en France selon ce barème réduit, mais vérifiez toujours le texte applicable à votre situation avant de signer un rachat.
Le piège FATCA pour les départs vers les USA
Spécifique aux départs vers les États-Unis : devenir "US Person" (résident fiscal américain, carte verte, citoyenneté) déclenche les obligations FATCA pour votre banque française. Beaucoup d'établissements — y compris certains parmi les super livrets cités sur ce site — refusent purement et simplement d'ouvrir ou de maintenir un compte à un US Person, faute de vouloir assumer la charge déclarative envers l'IRS. Sur le forum, plusieurs témoignages évoquent des courriers de clôture reçus plusieurs mois après le déménagement, sans possibilité de négocier. Le bon réflexe : interroger votre banque avant le départ plutôt que de le découvrir par courrier recommandé une fois sur place.
Ce qu'il faut faire avant de partir
- Livret A / LDDS / LEP : clôturez-les avant le départ, transférez le solde vers un compte courant ou une assurance-vie qui, elle, se conserve.
- PEA : gardez-le si votre destination n'est pas sur la liste ETNC — aucune démarche nécessaire, informez seulement votre courtier de votre nouveau statut fiscal.
- Assurance-vie : gardez-la, c'est l'un des rares produits d'épargne français qui devient plus avantageux une fois non-résident. Voir notre comparatif assurance-vie vs livrets pour les arbitrages à faire en amont.
- Anticipez le sujet bancaire si la destination est les USA : contactez votre banque en amont pour savoir si elle maintient les comptes des US Persons.
Pour les patrimoines plus importants, où l'expatriation devient un vrai sujet d'allocation internationale et pas seulement une formalité administrative, les analyses de investissement.cash creusent davantage la question de la diversification hors de France. Pour le détail des règles PFU/barème qui s'appliquent encore aux résidents, notre article PFU ou barème progressif reste la référence à consulter avant le grand départ.
Règles vérifiées au 25 août 2026 : article L221-3 du Code monétaire et financier, régime PEA post-2012, prélèvement forfaitaire libératoire assurance-vie non-résidents.